Le Dauphiné Libéré, 30 juillet 2008

Huiles plaisir, huiles vertus

par Marie-France Batard

"La rivière des arômes" se remarque de loin. Pas parce que son bâtiment est imposant. Mais parce que les essences qui y sont créées trahissent son existence, dès lors que l’on quitte la route qui mène au vieux village de Rosans pour emprunter un chemin caillouteux, en face du jardin public. Tout au bout se trouve donc la distillerie de Jean-François Roussot et Dominique Jégouic. Il est jeudi, peu avant 17 heures, Jean-François allume l’alambic pendant que Dominique installe ses fioles d’huiles essentielles, d’eaux florales, ses huiles de massage, sels de bains et sirops avant d’accueillir le public venu assister à la distillation de tilleul ce jour-là. Cet ancien prof d’histoire, qui a aussi travaillé dans le développement territorial, s’est installé en tant qu’agriculteur sur le tard, en 2001. « Un choix de vie, pas un gagne-pain classique », confie-t-il. Sur leur exploitation d’un hectare et demi, Jean-François et Dominique sont producteurs, cueilleurs et distillateurs. Leur production est bio, avec un cahier des charges du syndicat Simples. « Ici, on respecte la plante, l’espace naturel. Pour faire de la qualité, on pense qu’il ne faut pas travailler à grosse échelle. On récolte tout à la faucille ou au sécateur. On ne peut pas être compétitifs sur le marché de gros », souligne Jean-François Roussot. « Il y a de la place pour tout le monde »

L’hiver est calme chez ces deux agriculteurs. La distillation commence en mai et s’arrête en décembre. « On fait les fleurs au printemps, après les feuilles, les graines, puis les résineux en automne. » Lors d’une semaine classique en été, ils consacrent deux jours à l’entretien des cultures, deux jours à la cueillette sauvage, deux jours à distillation et un jour à la vente. Pendant les temps morts, ils s’occupent des mélanges et du conditionnement. La vente se fait sur place, par correspondance, lors de foires, marchés et autres salons, à travers des dépôts... « Chez nous, la lavande reste une référence, en huile essentielle surtout. Les gens commencent à s’intéresser aux eaux florales, faciles d’utilisation et efficaces. » Leurs clients sont généralement des personnes qui consomment bio, ouvertes aux médecines alternatives. « Il y a de la place pour tout le monde », soutient Jean-François. Désir de transparence

Il est maintenant 17 heures, les groupes arrivent à l’exploitation et se massent autour de l’alambic. Jean-François entame son explication, bien rodée, sur l’histoire et le fonctionnement de la distillerie. Dominique, à côté, répond aux questions qui portent sur les vertus des plantes, la différence entre l’huile essentielle et l’eau florale, face, souvent, à des personnes déjà bien renseignées sur la question. Recevoir des groupes, le couple y tient pour une question de transparence. « C’est un métier où il est facile de tricher. »

REPÈRES

LES PLANTES DISTILLÉES Jean-François et Dominique cultivent l’origan, la menthe, le thym, le lavandin, l’estragon, le bleuet, la mélisse, la coriandre, la camomille... Ils distillent aussi le genévrier, l’eucalyptus, le pin, le cyprès, de l’ortie, du sureau, du tilleul...

LA PRODUCTION Avec 100 kg de lavande, ils obtiennent 1 litre d’huile essentielle contre 100 litres d’eau florale. « Pour l’eau florale, on est dans un rapport de 1/1. L’huile essentielle, c’est différent. Avec 30 kg de camomille, on fait 25 ml d’huile essentielle par exemple », explique Dominique. L’eucalyptus et le lavandin sont des plantes au bon rendement, contrairement à la mélisse, à la camomille et à la carotte.

LE PRINCIPE La vapeur produite par l’alambic traverse la cuve où sont les plantes et se charge en principes actifs avant de passer dans la cuve de refroidissement. La vapeur, au contact du froid, va se condenser et créer le fameux liquide.